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BS, SAAQ et handicap


Photo : W. Robert Howell (CC attribution)


Il y a environ une douzaine d’années, à la fin de mes études, j’ai envisagé quelques temps de tomber sur l’aide sociale pour passer au travers d’une période difficile financièrement. Je m’étais donc rendu (à reculons, je dois admettre) dans un CLSC rencontrer quelqu’un pour remplir la paperasse nécéssaire et voir si j’étais admissible à la prestation. La personne que j’ai rencontré m’avait dit qu’il serait préférable qu’un médecin confirme mon invalidité pour aider le processus. J’avais répondu que je ne voulais justement pas faire cela, car je ne voulais pas être étiqueté comme invalide pour le restant de mes jours. J’avais simplement de la difficulté à me trouver du travail pour l’instant et je ne pouvais pas accepter un travail de serveur dans un restaurant en attendant de percer mon domaine, comme les gens « normaux » faisaient.


En faisant le tour des critères, nous nous sommes rapidement aperçus que malgré mon handicap (et surtout, si je ne voulais pas qu’un médecin signe mon invalidité), je n’étais tout simplement pas admissible à l’aide sociale. D’une part, cela ne faisait pas assez longtemps que j’avais terminé mes études (moins de deux ans), et d’autre part, il aurait fallu que j’entre dans l’une des deux catégories suivantes : être une personne battue qui reniait ses parents (ce qui aurait été faux), ou encore être enceinte. Je me souviens être sorti de cette rencontre complètement découragé, avec le sentiment d’être (encore une fois) tombé dans les craques du système… Au final, je suis retourné habiter chez mes parents pendant quatre ans avant que les choses ne débloquent.

Par le passé, j’ai souvent parlé des problèmes reliés à l’emploi dans mon domaine (celui de la télé et du cinéma) par rapport à mon handicap, alors je ne m’étendrai pas sur le sujet aujourd’hui, si ce n’est que pour rappeler que ces difficultés sont toujours bien réelles. Ça, c’est sans compter le facteur « pandémie » qui affecte tout le monde de toute façon. Récemment, mon syndicat (l'AQTIS) a créé un comité sur la diversité (un mot bien à la mode ces temps-ci, pour ce que cela veut dire) et j'ai donné mon nom afin d'y participer et de témoigner de mes expériences. J'ai bien hâte de voir quel impact ce comité aura.


Mais dans un tout autre sujet, une chose m'intriguait. On entend parfois parler des fameuses indemnités accordées par la SAAQ suite à un accident de la route, alors je me suis posé la question suivante : si j’étais devenu handicapé à la suite d’un accident de voiture au lieu que ce soit de naissance, à combien est-ce que j’aurais eu droit exactement?


Quinze secondes et une recherche sur Google plus tard, je suis tombé sur ce tableau à jour des indemnités de la SAAQ. C’est un document assez troublant à consulter, car on y fait référence à la valeur de la vie et de la mort avec des facteurs de multiplication en fonction de l’âge, etc. J’ai énormément de peine à concevoir que l’on puisse quantifier les aspects de la vie humaine de cette façon, mais bon… ça c’est moi.


Toujours est-il qu’en lisant ce document, j’ai appris qu’une personne handicapée suite à un accident de la route peut recevoir une compensation de 90% de son salaire (calculé sur un maximum brut de 78 500$) ainsi qu’une compensation allant jusqu’à 256 000$ selon la gravité de ses séquelles.


Je ne suis pas ici pour remettre en question les indemnités de la SAAQ, bien au contraire. Ce que je trouve par contre déplorable, c’est de savoir que je serais beaucoup plus riche si j’étais devenu handicapé suite à un accident d’auto au lieu que ce soit de naissance. Si on arrive à calculer aussi froidement de la valeur en signe de $ des aspects de la motricité d’une personne, pourquoi cette valeur est-elle autant supérieure lorsqu’on perd ces facultés suite à un accident d’auto plutôt qu’à la naissance? Ces indemnités ne sont pas un privilège. Elles sont un droit qui a sa raison d’être. Mais pourquoi ce droit à la compensation de la valeur de l’autonomie est-il uniquement lié à l’automobile?


Dans notre société que se veut portée vers des idéaux d’égalité et de justice, les personnes handicapées partent avec deux prises au bâton. Elles sont plus vulnérables à tous les niveaux, et sont plus à risque de tomber dans la pauvreté. C’est un fait. Sauf si elles sont devenues handicapées à la suite d’un accident d’auto.


Ah oui, j'oubliais! Est-ce que je vous ai dit que j’étais disponible pour des contrats cet automne? C’est ça qui est ça…

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©2020 par Michel Cordey.

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