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Enfin!

Mis à jour : juin 4

Je viens de tourner ce texte sept fois dans ma bouche avant de l’écrire. Je commence par où? Par l’envie de dire « enfin, ce qui se passe aux États-Unis va faire changer les choses pour de bon »? Une partie de moi a de la difficulté à y croire. Sommes-nous en train de changer ou de se polariser? Est-ce que mon opinion va vraiment apporter quelque chose de plus? Pourquoi est-ce que j’écris ce texte? Tant pis, je me lance…

Je me sens zéro qualifié pour parler de la réalité de ceux qui font face à du racisme systémique. Tout ce que je peux faire c’est écouter et essayer de comprendre. Par contre, si on parle de discrimination, de préjugés, de minorité visible, j’ai quand même un petit champ d’expertise. Sans vouloir entrer dans des comparaisons précises qui pourraient avoir l’air boiteuses, il existe des similitudes entre ce que les personnes handicapées comme moi peuvent vivre et les personnes de toutes les autres sortes de minorités. Mais le parallèle que j’ai envie de faire aujourd’hui concerne plus le militantisme et la manière d'exprimer les revendications.

C’est un drôle de hasard, mais cette semaine (du 1er au 7 juin), c’est la semaine québécoise des personnes handicapées. Une belle semaine de sensibilisation qui va passer dans le beurre et pour être bien honnête, je n’ai absolument aucun problème avec ça. Les priorités sont ailleurs en ce moment. D’ailleurs, le mot « sensibilisation », il ne veut plus dire grand chose pour moi. Quand tu passes ta vie à essayer de « sensibiliser » à grands coups de semaines thématiques, de journées de la Terre, de mois de l’histoire des noirs, de journées internationales des droits des femmes, c’est tout à fait normal de ressentir de la frustration face au statut quo qui est omniprésent. On a toutes les raisons du monde de ressentir de la colère, l’envie de tout briser sur son passage, de s’exprimer par la manière forte, de reléguer la « sensibilisation » aux oubliettes pour y aller avec des taloches en arrière de la tête. Je ne dis pas ça pour cautionner la violence, mais pour expliquer le sentiment de frustration. J’imagine bien qu’on ne doit pas ressentir l’envie de tendre la joue droite après s’être fait frapper la joue gauche pendant des siècles. Le prochain vaccin sur lequel on devrait plancher après celui de la COVID-19, c’est peut-être celui qui nous permettrait de se shooter de l’empathie direct dans les veines.


J’ai toujours eu le militantisme un peu mou face aux revendications qui me concernent de plus près, celles des personnes handicapées. J’avoue que mon côté cynique a pris le dessus. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas d’accord avec ces revendications, mais j’ai des réserves sur la façon de les exprimer pour la simple et unique raison que les personnes handicapées ne sont pas rentables politiquement. Mais je n’ai pas de solution miracle à apporter non plus.

On se fait donner des bonbons de temps en temps pour soulager la conscience morale de la société. On ne donne souvent que le strict minimum pour stationner les personnes handicapées dans des centres et les laisser survivre en attendant qu’elles meurent par elle-même parce que l’euthanasie serait mal vue. Imaginez une vie entière en CHSLD, cet acronyme qui fait maintenant plus peur qu’une maison hantée un 31 octobre.


J’ajouterais ici que je fais partie des privilégiés, car j’ai tout de même bien réussi mon intégration sociale, ce qui est loin d’être une tendance générale. Mais avec nos handicaps, on aura beau crier tout ce qu’on veut sur la place publique, on ne rapportera jamais assez de votes. Alors nous sommes un peu condamnés à passer pour « une bande de chialeux » qui tente perpétuellement de « sensibiliser » la population pour la mettre de son bord et avoir un plus grand poids politique. Mais j’y reviens encore : la « sensibilisation » est devenue l’homéopathie de la mobilisation. Le placebo sur le bobo.

Par contre, j’ai l’impression que toute la mobilisation qui se crée autour des tensions raciales ratisse beaucoup plus large qu’à l’habitude et que le poids politique nécéssaire pour faire changer les choses est réellement en train de faire peser la balance du bon côté. C'est pour ça que j'a envie de dire Enfin! C’est d’autant plus crucial pour nos voisins du sud qui doivent voter en novembre prochain, mais les répercussions vont se faire sentir chez nous aussi. On ne peut qu’espérer que cette appui se transpose dans d’autres sphères de revendications dans le futur.


Mon intuition me dit que la pandémie y est pour quelque chose. Le confinement a forcé les gens à se regarder dans le miroir et à regarder dans le miroir des autres. On ne peut que se réjouir de l’ampleur de ce mouvement et espérer qu’il marquera l’Histoire avec un grand H.


Je crois que je viens de comprendre pourquoi j’avais envie d’écrire ce texte. Mon cynisme est en train craquer. Une petite partie de moi commence à croire qu’il y a de l’espoir. Pour tout le monde.

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©2020 par Michel Cordey.

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